LA REMEDIATION COGNITIVE

 QU'ENTEND-ON PAR REMEDIATION COGNITIVE ?

Chaque individu, dès son plus jeune âge, dès sa naissance même, vit en relation avec son environnement, qu'il soit physique, naturel ou humain. Sa survie dépend de son adaptation à cet enviroinnement. C'est ainsi que face à des situations les plus diverses, il va recevoir de son corps propre ou de son environnement des sollicitations, on dit en psychologie des stimuli, auxquels il devra répondre. De la qualité de sa réponse dépendra son adaptation ou sa satisfaction. Prenons un exemple simple : un nourrisson a faim. Il pourra s'agiter silencieusement mais cela ne donnera rien. Il continuera à avoir faim. Puis il se mettra à pleurer, à crier ce qui aura pour conséquence l'intervention d'une tierce personne et bébé continuera à crier et à pleurer jusqu'à ce qu'il reçoive de la nourriture. Il mettra en mémoire la relation entre ses pleurs et ses cris et la satisfaction de son besoin. Cette mise en mémoire et l'utilisation systématique de ce comportement pour obtenir satisfaction constituent une médiation cognitive. 

Mais revenons à notre élève d'école maternelle ou élémentaire. Dès le début de sa scolarité, pour répondre positivement aux tâches qui lui sont proposées, l'élève doit mettre en place des "outils de pensée" qui faciliteront l'élaboration de ses réponses et seront à la base de ses apprentissages.

À sept ans, par exemple, un enfant doit avoir intériorisé qu’un nombre d’éléments ne dépend pas de la surface qu’ils occupent mais bien de leur quantité. Ainsi douze jetons, quel que soit leur mode de répartition sur une table  (en ligne plus ou moins espacés, en tas, en rond ou éparpillés sur la table…) sont toujours douze. Avoir intériorisé cela constitue un outil de pensée, son utilisation est une médiation cognitive qui lui permet de résoudre un ensemble de tâches. Passé cet âge, lorsque cet outil de pensée n’a pas été acquis au cours du développement cognitif, bien  nombreux sont les élèves qui présentent de sérieux troubles de l’apprentissage de la lecture. Leur proposer une série d’exercices de complexité croissante afin de leur permettre d’acquérir cet outil manquant, c’est cela une remédiation cognitive. Il en est de même pour tous les autres outils de pensée, du plus jeune âge jusqu’à l’acquisition des vecteurs de la pensée formelle ou abstraite : la combinatoire, les probabilités et la logique des propositions.                                                                                                                Dans le cours de l’histoire de son développement chaque individu franchit une succession d’étapes au cours desquelles il va mettre en place des stratégies de raisonnement issues de son expérience personnelle dans le cadre de ses relations avec son environnement. À chaque étape correspond l’appropriation d’outils de pensée qui permettent l’établissement de procédures ou stratégies de raisonnement à la base de la résolution des tâches proposées. La succession et l’ordre des étapes sont les mêmes pour tous les individus ce qui permet de repérer le moment précis où la dynamique du développement cognitif a été défaillante.         Si au cours de son développement un individu a raté l’acquisition d’un outil de pensée, ce qui lui interdit l’utilisation des processus de raisonnement qui en dépendent, il échouera devant les tâches qui exigent son intervention. Résoudre un problème d’arithmétique dont la solution consiste, par exemple, à faire une division ne peut être réalisé que si le sujet a d’une part intériorisé le sens de la division et a d’autre part acquis le mécanisme de l’opération. Si ce n’est pas le cas, la remédiation cognitive consistera à faire acquérir au sujet le sens et le mécanisme de la division alors qu’il ne l’a pas fait au moment où la notion lui a été présentée. Certains sujets ont besoin de plus de temps et d’un plus grand nombre d’expériences que d’autres pour s’approprier les outils de pensée. La remédiation cognitive est donc une nouvelle présentation sous différentes formes d’un outil de pensée qui n’a pas été acquis au cours du développement.  

 

LA REMÉDIATION COGNITIVE : UN REMÈDE MIRACLE FACE À L’ÉCHEC SCOLAIRE ? 

S’il est facile de mettre en lumière un trouble des apprentissages ou un échec scolaire, en déterminer l’origine devient une tâche plus complexe. Nous avons précisé dans notre texte d’introduction (Le C.E.P.R.C. : Modèle du sujet et Procédure) les caractéristiques de la population pour laquelle notre proposition demeure vaine. Pour les autres, l’évaluation psychopédagogique, fortement conseillée, dont les notions et les caractéristiques ont été définies et développées dans un précédent texte (Pourquoi une évaluation ?) va permettre de déterminer le bien-fondé ou non d’une proposition d’aide par le truchement de notre « Programme d’initiation aux stratégies de raisonnement élémentaires » pour les élèves de l’école élémentaire, notre « Programme d’initiation à la pensée abstraite » pour les collégiens et les lycéens.

Mais cette indication ne sera pas proposée à partir de la seule constatation des résultats bruts de l’évaluation. Il faudra déterminer, autant que faire se peut, l’origine probable des difficultés rencontrées par l’élève. Ce n’est que dans le cas d’une quasi-certitude que la proposition d’aide sera bénéfique qu’il faudra la proposer à l’enfant et à la famille venus consulter. L’adhésion du sujet et de son entourage à cette forme d’aide est primordiale.

 

LES DIFF{ERENTS NIVEAUX DE L’AIDE PROPOSÉE 

 Nous avons pris soin dans notre texte d’introduction (Le C.E.P.R.C. : Modèle du sujet et Procédure) de distinguer et de définir « les classes étapes » qui déterminent pour une majorité d’élèves les conditions de réussite scolaire. Nous rappelons, elles sont au nombre de quatre. Deux intéressent le cycle élémentaire, les deux autres le cycle secondaire. C’est à partir de cette répartition que nous est venue l’idée de concevoir deux programmes d’aide au développement cognitif. Notre pratique d’enseignants spécialisés et de psychopédagogues combinée à nos observations, à nos recherches et à la constitution de nos archives documentaires est à l’origine de notre démarche. 

 

LE PROGRAMME D’INITIATION AUX STRATÉGIES DE RAISONNEMENT ÉLÉMENTAIRES .  

 Il intéresse les élèves du cycle élémentaire.                                                                          La scolarité élémentaire se doit de donner à l'enfant une formation de base et de préparer son entrée au collège. Elle a pour but non seulement l'acquisition de connaissances qui pourront être réutilisées mais aussi le développement des stratégies cognitives. L'élève doit être capable de mobiliser son attention durant tout le temps de présentation d'une notion ou de l'énoncé d'une consigne. Il doit apprendre à comparer, à repérer les éléments communs à plusieurs ensembles, à tirer une conclusion à partir de l'observation de plusieurs indices, à décomposer un tout en ses éléments distincts et inversement, à évoquer des situations déjà vécues ou des connaissances précédemment acquises... autant de tâches rendues possibles grâce à l'utilisation des différents processus de pensée comme l'analyse, la synthèse, la généralisation, la mémorisation et l'évocation mentale. Notre objectif n'est donc pas de proposer une accumulation de connaissances mais bien de favoriser le développement de cinq stratégies cognitives indispensables à la mise en place des processus d'acquisition et de raisonnement  que nous nommons au moyen de verbes symbolisant les compétences à acquérir :

- 1.Ordonner.

 – 2. Classer 

- 3. Observer  -----  Déduire.

- 4. Analyser   ----- Raisonner ----- Déduire.

- 5. Mémoriser ----- Evoquer.

Ces stratégies sont présentées sur des fiches d'activité. Nous avons essayé de les rendre le plus accessible et attrayant possible pour un travail individualisé. Nous avons voulu donner des consignes claires et simples. Les réponses aux différents exercices sont consignées dans un fascicule à part qui pourra être utilisé soit par l'élève lui-même dans le cas d'une autocorrection soit par une autre personne pour signaler, le cas échéant, l'existence d'une erreur et inciter l'enfant à proposer une autre solution. Nous ne saurions trop insister sur le fait que notre préférence va à la deuxième attitude plus susceptible de faire progresser l'enfant. Nous ne privilégions aucune stratégie, toutes ayant leur importance et participant à la réalisation d'une tâche. Aussi, pour une efficacité maximale de l'utilisation de ce programme, les différentes stratégies doivent être travaillées chacune une fois par semaine. Nous vous conseillons de suivre la progression proposée .

 

LES CINQ STRATEGIES COGNITIVES

1. ORDONNER : Le but est de montrer qu'il existe différents modes de mise en ordre selon des critères très variables : la quantité, la taille, l'ordre chronologique des différentes étapes dans le déroulement d'un évènement, les jours de la semaine, les mois de l'année, l'ordre alphabétique... Intégrer la relation d'ordre c'est aussi maîtriser des notions et un vocabulaire spécifique comme : premier, deuxième, dernier... , plus grand que, plus petit que, aussi...que..., avant, après,... d'abord, ensuite, enfin....

2. CLASSER : Savoir classer est essentiel pour réussir tous les apprentissages;  c'est savoir repérer les similitudes et distinguer les différences à partir d'un critère qui définit une classe ou détermine l'appartenance ou non d'un élément à une classe préalablement définie. On classe selon la taille, la forme, la couleur, des thèmes donnés (spectacles, instruments, végétaux, animaux...) L'enfant pourra découvrir qu'un élément peut appartenir à plusieurs groupes ou encore qu’un groupe tout entier peut être inclus dans un groupe plus large...

3. OBSERVER  DEDUIRE : Il s'agit de faire observer, remarquer et décrire les rapports des objets entre eux  : repérer l'identique, reconnaître les relations spatiales (espace topologique : au-dessus, dans, sur, droite, gauche...) et pour cela intégrer les notions de direction et d'orientation. C'est à partir de l'observation des indices posés et des remarques suggérées par celle-ci que les élèves déduiront leur réponse.

 4. ANALYSER  RAISONNER  DEDUIRE : Même si  on fait appel sous cette rubrique à des principes déjà  présentés dans les autres stratégies, l'objectif, ici,  est d'habituer l'enfant à utiliser une démarche déductive. Il doit dépasser la simple observation des indices ou informations donnés pour les considérer sous d'autres aspects et  établir la relation existant entre eux tout en négligeant les renseignements non impliqués dans la tâche. Il doit découvrir "la règle" lui permettant d'élaborer sa réponse.

5. MEMORISER  EVOQUER : C'est mettre en mémoire, à court, moyen ou long terme,  des connaissances constituant une véritable "base de données" dans laquelle l'enfant ira puiser des éléments de réponse et même des stratégies entières en utilisant le processus d'évocation mentale.

 

QU'EN EST-IL DES ELEVES DES COLLEGES ET DES LYCEES

A partir de 11/12  ans, c'est à dire au moment où il aborde l'enseignement secondaire, un pré-adolescent doit être tout à fait familiarisé  aussi bien avec les processus de pensée consistant à tirer une conclusion particulière de données générales qu'avec ceux qui consistent à tirer une conclusion générale à partir de données particulières, c'est à dire avoir des capacités d'analyse et de synthèse normalement développées, pouvoir déduire d'une ou plusieurs propositions une nouvelle proposition qui en est la conséquence ou reconstruire aussi précisément que possible, en partie en raisonnant et en partie en devinant, l'unité à partir d'éléments séparés. Ce sont les processus de pensée de déduction et d'induction les plus utilisés dans l'enseignement primaire dès le Cours Préparatoire. Au fur et à mesure que l'enfant poursuivra sa scolarité, il devra acquérir d'autres habiletés. En effet, jusqu'au Cours Préparatoire, l'élève construit son raisonnement et son argumentation à partir d'indices perceptifs (longueur, hauteur, positions...)  c'est dire qu'il raisonne essentiellement sur ce qu'il perçoit, la configuration tenant lieu d'explication. Puis dans le courant de la scolarité primaire, il se dégage de ces indices perceptifs  pour raisonner sur des données concrètes que sont, entre autres, les nombres, la quantité ou la distance pour le calcul, le nom, le verbe ou la conjonction pour le français : il raisonne alors sur ce que représentent les énoncés en tant qu'objets ou situations imagées et les solutions apportées reposent très souvent sur des représentations visuelles imagées des situations évoquées, l'enfant se contentant de classer, de sérier ou de mettre en correspondance des données subordonnées au réel. Enfin vient le temps de l'accession à la pensée abstraite, à la capacité de raisonner sur des énoncés supposés à titre provisoire, susceptibles d'être vrais ou faux parce que considérés uniquement dans leur contenu et qui constituent les propositions sur lesquelles il appartient au sujet d'évoquer toutes les hypothèses de véracité ou non et d'en tirer les conclusions par l'utilisation d'un nouveau processus de pensée : l'implication qui nécessite la capacité d'envisager l'affirmation et la négation, l'équivalence et la réciprocité d'un ou plusieurs énoncés. C'est ainsi que se traite un devoir de français, que se résout un problème de mathématique dans l'enseignement secondaire.Trois outils de pensée deviennent indispensables : la combinatoire, la logique de propositions et la probabilité sur lesquelles portent notre Programme d’initiation à la pensée abstraite proposé.

 

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02.06 | 11:53
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